Yu-Gi-Oh, une introduction en beauté du manga – LLQ2M#1

Beaucoup d’émotions aujourd’hui…

Pour beaucoup, Yu-Gi-Oh est un manga avec des lycéens aux coupes de cheveux improbables, qui passent leur temps à jouer aux cartes pour régler leurs soucis.

Pour d’autres, c’est un manga dont le seul message à passer est « l’amitié est plus forte que tout ».

En effet, c’est le cas.

Mais c’est surtout le manga qui m’a introduite au manga.

Sans Yu-Gi-Oh, pas de blog Art of Manga, ni de maison d’édition Dragonbreak Media.

Dès que j’examine une planche et que j’ai besoin d’un exemple, mon premier réflexe est de chercher un tome de Yu-Gi-Oh et de chercher le passage qui sera utile à l’artiste que je supervise1.

Ci-dessous, une photo venant d’un Jump de ma collection personnelle (les version tankobon sont souvent retouchées, donc j’ai préféré puiser directement à la source) :

Cette planche, issue d’un chapitre au climax de l’arc Battle City (l’apogée de cette série selon moi), n’est pas la plus spectaculaire mais reste très intéressante à analyser.

On y voit Ishizu (la dame au voile), Kaiba Seto (dit Kaiba, le jeune homme de grande taille) et Kaiba Mokuba (dit Mokuba, le jeune garçon aux cheveux longs).

Derrière Mokuba se trouve un mur strié dont le dessin n’est pas terminé. C’est une utilisation intelligente du vide suggestif pour économiser du temps sur les décors tout en offrant un rendu crédible et aéré. On comprend que c’est un mur, le subconscient complète l’image du mur à la lecture, et ça évite de charger la page tout en économisant du temps et des forces.

Le regard de Kaiba est souligné par une ombre qui n’a rien à voir avec l’éclairage (les 3 personnages font face à un soleil au zénith). Cette ombre communique plutôt l’humeur et le caractère de Kaiba, qui est un personnage de nature froide et ombrageuse. Cette ombre, ainsi que le fond tramé de la dernière case (qui décrit davantage l’inquiétude de Kaiba que le décor) et le dégradé du regard d’Ishizu dans l’avant-dernière page, sont 3 brillants exemples du clair-obscur dans le manga.

Les traits sont peu arrondis (souvent droits, même) et décrivent souvent des formes et des silhouettes anguleuses. Les grandes iris des yeux d’Ishizu forment des parenthèses, mais la trame et les brillances donnent une illusion de cercle – tout comme les yeux de Mokuba. Seul le demi-cercle de Kaiba semble être un trait concentré. Le reste des traits respectent bel et bien l’idée du Iaiga, la planche est majoritairement composée de traits directs : formes de segments doits, parenthèses (iris d’Ishizu et Mokuba) ou virgules (détails des cheveux de Kaiba).

Et en ce qui concerne l’anti-conformisme : le style de Takahashi Kazuki est très rapidement reconnaissable (ce n’est pas de l’O.P.UN2) tout en respectant les grandes lignes du manga. Takahashi-sensei a su mettre en avant sa personnalité tout en étant un continuateur de ce qui s’est fait avant lui. Et c’est ça, le vrai anti-conformisme !

Cet article était un peu plus long que prévu, mais ça ne fait pas de mal d’analyser une planche en public de temps en temps.

Bien évidemment, je n’ai analysé que les parties qui mettent en avant mon manifeste (pour montrer comment l’appliquer dans sa pratique éditoriale) mais, si une vraie analyse de planche vous intéresse : n’hésitez pas à me le faire savoir ! (c’est avec plaisir que je m’essayerai à l’exercice).

Sur ce, j’ai hâte de vous partager d’autres lectures enrichissantes qui m’ont façonnée en tant que henshuusha3

En attendant, que la positivité vous accompagne toujours !
Signé : Denise

そして。。。

高橋先生にはありがとございました。。。

本当に!

一番の編集者はあたしがなりますわよ!ぜったいにわ!

Sources

  • Weekly Shōnen Jump n°2002/26
  • Le Manifeste du Manga
  1. Oui, je sais généralement quel passage se trouve à quel tome. Pas toujours, mais souvent ! ↩︎
  2. « Oh P***** [Encore] Un », c’est à dire un style générique et sans réelle personnalité. La formule ne vient pas de moi mais son application dans le manga, si. ↩︎
  3. Henshuusha = éditeur / éditrice de manga originaux (qui supervise directement l’oeuvre). ↩︎

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *