Comment rendre vos personnages crédibles ? – Storytelling#2

J’adore Alexandre Astier.

En tant qu’artiste, j’entends : j’aime sa manière d’écrire, d’expliquer ses influences, et sa rigueur.

Il n’a (a priori) aucun lien avec le manga, mais c’est une de ces influences bizarres que je revendique (mon côté anti-conformiste, sans doute).

Et, s’il y a une leçon que j’ai bien retenue, c’est la suivante : il faut donner du quotidien à ses personnages.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Eh bien, Astier l’explique évasivement comme suit :

— J’ai vu [le film] 300 […] [au personnage], quel est ton métier ?
— Je suis potier
— [Et toi] quel est ton métier ?
— Je suis charpentier
— Spartiates, quel est votre métier ?
— GUERRIEEEEEEER !!!
— … Ok, moi je vais rentrer…!

Bien évidemment, ça ne se limite pas à donner une occupation à chaque protagoniste.

Un bon exemple que je peux donner, c’est le moment où Yūgi et Jо̄nouchi découvrent que leur amie Anzu travaille secrètement dans un fast-food1 (ce qu’elle leur cachait).

Ça nous permet de découvrir (dans le cadre d’un déjeuner entre amis) qu’Anzu n’est pas seulement une femme forte de caractère : elle a un rêve, un but dans la vie (et donc son propre arc scénaristique, parallèlement à celui de Yūgi).

Et pourtant, ce n’était pas directement lié à l’intrigue du chapitre (qui se concentre sur un criminel en cavale).

Cependant, c’est un bon moyen d’étoffer le personnage d’Anzu et de la rendre plus attachante !

(Ça a aussi permis d’enrichir le personnage de Jо̄nouchi, bien que ses différents arcs scénaristiques évolueront davantage face à Hirutani, et lors des différents tournois de carte où il participe).


Yu-Gi-Oh! Tome 1, Chapitre 4 (édition Française par Kana, les droits sur le territoire français, belge, suisse, et québécois leur appartiennent).

Par contre, le piège (quand on souhaite faire du quotidien) est de faire une scène filler2

Dans cette scène, il y a trois éléments qui lui évitent d’être un filler :

  • Les personnages feront mentions de cet objectif dans les chapitres suivants (un chapitre se concentre même sur Anzu qui défie un gus dans un duel de danse)
  • Anzu fera souvent des mi-temps au fur et à mesure des chapitres (on le voit moins dans les grands arcs scénaristiques, mais les moments plus « quotidien » ne se priveront pas pour en parler)
  • Le plus important : cette scène a un rapport direct avec la suite de l’intrigue (avec le fugitif qui se cachera dans le fast food).

Alors que si la scène avait été un filler…

  • On n’aurait plus jamais fait mention de son objectif d’être danseuse professionnelle
  • Elle se serait faite renvoyer à la fin du chapitre
  • Une ellipse3 aurait fait la transition entre cette scène et l’intrigue

Il existe d’autres scènes dans ce style (et pas que dans Yu-Gi-Oh!, bien entendu) mais c’est désormais à vous de les chercher4 pour vous former !

La semaine prochaine, je vous confierai un autre piège à éviter pour vous aider à écrire des personnages plus attachants.

Portez-vous bien, et que la positivité vous accompagne toujours !
Signé : Denise

Sources

  • Portrait Alexandre Astier : Donner du quotidien aux personnages ! (Archive)
  • Yu-Gi-Oh! Tome Double 1 – SushiScan
  1. Chapitre 4 de Yu-Gi-Oh! ↩︎
  2. Un filler, c’est une scène (ou un chapitre) qu’on rajoute pour allonger artificiellement une série. Le plus souvent, les fillers n’ont aucun impact sur l’intrigue globale et sont donc souvent mal-aimés du public. ↩︎
  3. En clair, on aurait coupé le rapport logique entre cette scène et la suivante, liée à l’intrigue ↩︎
  4. Un indice : les mangas qui se passent principalement en milieu scolaire en sont truffés, surtout pendant la pause déjeuner. ↩︎

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